LE CANCER DU PANCREAS


Le diabète et l'hyperinsulinimie, deux formes majeures des maladies dégénératives entraînées par un dysfonctionnement pancréatique, sont en liaison avec la recrudescence des tumeurs du pancréas. Pour comprendre comment se développent les troubles pancréatiques, il est indispensable d'examiner les effets qu'ont sur l'organisme les trois différentes catégories de sucres. Les sucres simples, ou monosaccharides, qui comprennent le glucose et le fructose, se trouvent dans les fruits et le miel. Les sucres à deux oses, ou disaccharides, existent dans la canne à sucre et le lait ; ils comportent le saccharose et le lactose. Enfin, les sucres complexes ou polysaccharides se rencontrent dans les céréales, les légumineuses et les légumes ; la cellulose en fait partie.

Au cours du processus digestif normal, les sucres complexes sont peu à peu décomposés par différents enzymes dans la cavité buccale, l'estomac, le pancréas, les intestins, ce de façon sensiblement équivalente. Après avoir été dissociés en unités plus petites, ils pénètrent lentement dans le flux sanguin. Au cours de ce processus, le pH du sang demeure légèrement alcalin.

Au contraire, la rapidité du métabolisme des sucres à un ou deux oses accroît l'acidité du sang. Pour compenser cet effet trop yin, le pancréas sécrète l'insuline, hormone yang grâce à laquelle le sucre en excès dans le sang est transféré aux cellules de l'organisme. Une grande quantité d'énergie est ainsi libérée en même temps que l'oxydation du glucose (produit final du métabolisme des sucres) libère du gaz carbonique et de l'eau. Dans le diabète, le pancréas ne secrète pas suffisamment d'insuline pour neutraliser l'excès de sucre raffiné dans le sang. Après des années de surconsommation de sucre raffiné, de fruits, de produits laitiers, chimiques et autres substances très yin, les îlots pancréatiques, distendus, sont dans l'incapacité de produire de l'insuline. Du sucre apparaît dans les urines, l'organisme manque d'eau et ses réserves de minéraux Sont au plus bas. Le traitement médical moderne du diabète consiste en injections d'insuline artificielle visant à contrebalancer ces symptômes.

Une grande partie du sucre qui pénètre dans le flux sanguin est d'abord stocké dans le foie, aussi longtemps que nécessaire, sous forme de glucagon, jusqu'à ce qu'il soit à nouveau transformé en glucose. Quand la quantité de glucagon excède d'environ 50 grammes les capacités de réserves du foie, cette substance est libérée dans le sang sous forme d'acides gras qui, dans un premier temps, sont emmagasinés dans les lieux les moins actifs du corps - les fesses, les cuisses, la partie médiane. Par la suite, si la consommation de sucres raffinés n'est pas interrompue, les acides gras sont attirés vers les organes yang comme le cœur et les reins, qui se recouvrent peu à peu d'une couche de graisse et de mucus.

Cet amoncellement peut également pénétrer les tissus internes, s'opposer au bon fonctionnement des organes et y provoquer d'éventuelles occlusions, comme dans le cas de l'athérosclérose. Les amas graisseux risquent aussi d'entraîner le développement de divers cancers, notamment du sein, du côlon et des organes de la reproduction. Il existe encore d'autres formes de dégénérescence, liées à la mobilisation des réserves en minéraux de l'organisme tentant de pallier les effets pervers de l'ingestion de sucres simples. Ainsi, le calcium des os et des dents peut être mobilisé pour lutter contre les conséquences de l'abus de friandises et de boissons sucrées.

Petit, compact, le pancréas a une structure yang. La cause essentielle des cancers du pancréas est à rechercher dans la consommation prolongée d'aliments très yang souvent d'origine animale - œufs, viande, fruits de mer, volailles, sel raffiné, riches en protéines et en graisses saturées -, combinée à l'ingestion de sucres raffinés, d'aliments et de boissons très yin, y compris les produits chimiques et les médicaments. Les tumeurs du pancréas se développent parfois à la suite d'une pancréatite (
inflammation aiguë ou chronique du pancréas) ou d'un hyperinsulinimisme (très contracté, le pancréas sécrète une trop grande quantité d'insuline, d'où une baisse anormale des taux de sucre dans le sang). La surproduction d'insuline attire les acides gras vers les voies biliaires et les ilôts de Langerhans où ils se solidifient en formations tumorales. On peut soigner et soulager le diabète en accentuant l'aspect yang d'une alimentation macrobiotique à base de céréales complètes et de légumes dont il faudra augmenter un peu le temps de cuisson pour rehausser le goût. A l'inverse, en présence d'un cancer du pancréas, il faudra se nourrir de façon plus yin, toujours avec des céréales complètes et des légumes mais en en diminuant légèrement le temps de cuisson pour que leur saveur ne soit pas trop forte.

LE DIAGNOSTIC

En milieu hospitalier, le diagnostic d'un cancer du pancréas nécessite différents moyens, notamment des examens de laboratoire, un taux de glycémie effectué à jeun, des scanners du foie, du cerveau et du thorax, des radiographies gastro-intestinales après opacification, et une cholécysto-pancréatographie rétrograde, examen qui consiste à introduire dans le duodénum un endoscope au bout duquel est fixé un minuscule cathéter qu'on engage dans le canal du pancréas. On effectue aussi parfois des radiographies après avoir injecté dans le pancréas une substance colorante. Au cas où il existe une tumeur, on prélève des échantillons de tissus pour en faire une biopsie, ou bien on procède à une laparotomie, importante intervention chirurgicale au cours de laquelle le chirurgien incise la paroi abdominale afin d'examiner les organes internes.

La médecine orientale s'appuie sur des signes visuels pour vérifier l'état du pancréas. Selon les principes du diagnostic facial, deux parties du visage correspondent à cet organe: le haut de l'arête du nez et la zone autour des tempes. Les boursouflures, les décolorations et toutes les marques anormales qui peuvent y apparaître signalent l'existence de troubles pancréatiques et, quelquefois, hépatiques. Une teinte sombre indique par exemple une surcharge au niveau du pancréas, cet organe devant éliminer trop de sucres à cause d'une excessive ingestion de sucre de canne, de miel, de confitures, de chocolat, de fruits, de lait. Les boutons et les marques rouges sont provoqués par un abus de sucre, de friandises, de fruits et de jus de fruits. La consommation de graisses et d'huile d'origine tant animale que végétale, et donc aussi de produits laitiers, se traduit par des vésicules tirant sur le blanc ou le jaune. Les points noirs sont la conséquence d'un excès de friandises ou de sel et de produits farineux. Quant aux grains de beauté, ils résultent d'un excès en protéines et en lipides d'origine animale et correspondent à une hyperactivité de la rate et du pancréas. Lorsque le teint est plutôt blanc, rouge ou mat et la peau grasse, une ombre vert pâle se manifestant sur le haut du nez ou autour des tempes doit faire craindre un cancer du pancréas.

Certaines papules sur l'œil peuvent aussi indiquer qu'une tumeur se développe sur le pancréas. L'intérieur de la paupière inférieure, normalement rose, se teinte d'un jaune rougeâtre lorsque la consommation d'aliments d'origine animale est à la fois trop yang et trop yin. Et on peut suspecter un cancer du pancréas si le milieu du blanc de l'œil se colore en bleu-gris.

Les poils qui poussent parfois entre les sourcils, au-dessus de l'arête du nez, indiquent que, entre le troisième et le quatrième mois de la grossesse, la mère du sujet a consommé beaucoup de produits laitiers et d'aliments gras d'origine animale. Les personnes qui possèdent une telle implantation de sourcils ont un pancréas, une rate et un foie particulièrement fragiles, et on ne saurait trop leur conseiller d'écarter de leur alimentation la viande, les volailles, les œufs, les produits laitiers et l'huile.

Une peau grasse est souvent le signe d'un mauvais métabolisme des graisses, et donc aussi de troubles du pancréas. Un teint jaune révèle, outre l'abus d'aliments yang, des troubles biliaires et un probable dysfonctionnement du pancréas.

Dernier point, la présence d'une ligne vert clair le long du méridien de la rate atteste d'un cancer du pancréas, de la rate ou du système lymphatique. On s'en assure en observant la zone du pied qui s'étend de l'astragale jusqu'à l'extérieur du gros orteil. Les méthodes du diagnostic oriental permettent, grâce à l'examen de ces parties du corps et d'autres encore, de déterminer avec précision l'état du pancréas et d'un certain nombre d'organes internes. Il devient ainsi possible de détecter longtemps à l'avance une éventuelle fragilité au cancer et de la corriger par des ajustements diététiques appropriés.

RECOMMANDATIONS DIÉTÉTIQUES

La cause principale du cancer du pancréas tient à la surconsommation longtemps prolongée d'aliments d'origine animale - œufs, bœuf, porc, volailles, fromage et tous les produits laitiers salés. Il serait donc sage de s'en abstenir, encore qu'on puisse s'autoriser de temps en temps, si on en a très envie, un peu de poisson maigre à chair blanche. Par ailleurs, ce cancer risque de se développer plus vite si on abuse des plats cuits au four très salés et durs, du sucre, des produits édulcorés, des boissons gazeuses, des épices, des stimulants, des fruits et des jus de fruits tropicaux et des diverses substances chimiques que l'industrie alimentaire utilise de multiples façons. Aussi faudrait-il éviter tous ces produits, et interrompre également la consommation des assaisonnements et des sauces fabriquées de façon industrielle.

CONSEILS DIETETIQUES ET PROPORTION DES DENREES DE BASE DANS L'ALIMENTATION MACROBIOTIQUE

Céréales complètes: 50 à 60 %.
On choisira de préférence du riz complet et de l'orge, ou encore de l'avoine; toutefois, n'importe quelle autre céréale pourra les remplacer de temps à autre, à l'exception du sarrasin et des denrées qu'on fabrique avec, dont il vaudra mieux s'abstenir pendant les premiers mois. On fera cuire les céréales à la pression en les accommodant d'une pincée de sel, et on évitera de les consommer sous forme de farine ou de produits farineux tels le pain, les crêpes, les gâteaux. En de rares occasions, il est néanmoins possible, si on en meurt d'envie, de manger du pain complet sans levain de blé ou de seigle, surtout s'il est cuit à la vapeur, avec un peu de beurre de sésame. On variera les menus en préparant parfois des nouilles de blé complet ; en revanche, les nouilles de sarrasin sont à éviter pendant plusieurs mois, jusqu'à ce que l'état général se soit amélioré.

Soupes: 5 à 10 %.
Il faudrait absorber chaque jour à une à deux tasses de soupe miso préparée avec des algues wakamés ou de la kombu et des légumes blancs et verts feuillus. De temps en temps, on y ajoutera des céréales. Présentée plusieurs fois par semaine, une soupe de citrouille ou de courges d'automne permet de récupérer des forces. Il est possible de remplacer le miso par du tamari ou du sel marin, mais il faudrait toujours user de ces assaisonnements avec modération : la saveur des soupes doit être à peine prononcée.

Légumes: 20 à 30 %.
On les accommodera selon divers modes de cuisson, bouillis, à la vapeur ou sautés; dans ce dernier cas, n'employer qu'ùne petite quantité d'huile de sésame ou de maïs pour préparer, plusieurs fois par semaine, une petite assiette de légumes. S'il est conseillé d'utiliser les légumes racines en moindre proportion que les légumes feuillus verts et blancs et les légumes ronds tels que potimarrons, choux et oignons, il faudrait faire un usage régulier des différentes variétés. Il est recommandé de ne pas les faire cuire longuement, et de les assaisonner avec un peu de sel marin, de tamari ou de miso, en veillant à ne pas trop les relever pour leur conserver leur saveur naturelle. Si on le désire, on servira de temps à autre une petite portion de légumes ébouillantés ou une salade de crudités à base de feuilles vertes et fermes. Mais mieux vaudrait ne pas préparer d'assaisonnements lourds et gras.

Légumineuses et produits dérivés: 5 à 10 %.
Les haricots de petite taille comme les azukis, les lentilles et les pois chiches peuvent composer un des plats principaux présentés tous les jours ou tous les deux jours. On les fera cuire avec quelques algues, de la kombu par exemple, des variétés de courges d'automne, ou encore des légumes comme les oignons et les carottes. Plusieurs fois par semaine, selon les goûts, on peut remplacer les légumineuses par les produits dérivés du soja - tofu cuit, tempeh, natto. On relèvera les uns et les autres avec une toute petite pincée de sel marin ou un soupçon de tamari ou de miso.

Algues: 5 % au plus.
Toutes les algues comestibles sont recommandées, mais la nori et les aramés sont particulièrement indiquées. On pourra servir chaque jour un peu de nori grillée et consommer plusieurs fois par semaine un accompagnement d'aramés cuites.

A l'exception des céréales et des légumineuses, il ne faut pas prolonger la cuisson des plats, surtout ceux de légumes, et ne jamais trop les saler. Le mieux serait de consommer les végétaux après les avoir fait rapidement cuire pour leur conserver leur fraîcheur et leur croquant. Chaque jour, il faudrait préparer au moins un plat en tenant compte de ce conseil. Pour satisfaire une envie d'aliments d'origine animale, il est possible d'accommoder une petite quantité de poisson maigre à chair blanche avec une à deux cuillères à café de daikon ou de radis râpés et, au choix, une petite cuillère à café de gingembre râpé. Ce plat, qu'on relèvera ensuite avec un peu de tamari, peut être servi une à deux fois par semaine. Il serait plus que prudent de se passer des fruits et jus de fruits. Si toutefois on en avait très envie, on pourrait faire cuire deux à trois fois par semaine une petite portion de pommes, de pêches, de raisins, de fraises ou d'autres fruits rouges. Si le désir de fruits frais persistait, on pourrait déguster une petite quantité de fraises ou d'un autre fruit rouge, un peu de melon ou de pomme. Mieux vaut en principe écarter les diverses variétés de noix et d'amandes et les pâtes à tartiner à base d'oléagineux. A condition d'en faire une exception, il reste toutefois possible de déguster un petit en-cas de graines de sésame ou de citrouille grillées.

Pour satisfaire une envie de sucré, on préparera plus souvent des légumes naturellement doux au goût, à savoir des variétés de courges d'automne, des carottes, des choux et des oignons. Si cela ne suffisait pas, on peut s'autoriser une quantité raisonnable de malt d'orge, de sirop de riz ou d'un autre édulcorant naturel à base de céréales.

On calmera les troubles pancréatiques en ajoutant souvent des champignons shiitakés séchés et du daikon haché à une soupe miso aux légumes. Par ailleurs, les shiitakés peuvent être présentés à part, en accompagnement - tout comme le daikon, à servir en petite quantité sous des formes différentes, cru et râpé par exemple, ou séché et cuit dans l'eau bouillante ou à la vapeur.

Les boissons quotidiennes comprennent le thé de trois ans en feuilles ou en brindilles, le café de céréales et les infusions à base de plantes qui ne sont ni aromatiques ni stimulantes, sans oublier l'eau de source.

L'état général s'améliorera si on mastique bien les aliments, si on veille à ne pas trop manger et à ne rien prendre au cours des trois heures qui précèdent le coucher. Les autres pratiques diététiques, notamment celles qui concernent l'emploi des pickles et des condiments, sont conformes aux conseils donnés dans le cadre général de la prévention du cancer.

POUR SE SOIGNER CHEZ SOI

Dans le cas de grosseurs et de tumeurs du pancréas, on apposera pendant cinq à dix minutes une compresse de gingembre sur la zone douloureuse, immédiatement suivie d'un emplâtre de taro qu'il faut maintenir trois à quatre heures. Ces soins peuvent être poursuivis au cours des deux ou trois premières semaines, puis répétés ensuite à raison de deux à trois fois par semaine.

Si les douleurs se faisaient plus fortes, il faudrait absorber chaque jour une à deux tasses d'une décoction de champignons shiitakés mis à bouillir avec de la nori, des wakamés ou de la kombu. Les compresses de gingembre et les emplâtres de taro dont il est question ci-dessus contribuent aussi à alléger la souffrance.

La rétention de fluides dans les régions pancréatique et abdominale occasionne parfois un ballonnement ; on le soulagera avec un emplâtre de sarrasin, à laisser en place une heure ou deux et à renouveler plusieurs jours durant. Il peut être également efficace de masser chaque jour le corps entier avec les techniques du shiatsu ou d'apposer les mains sur l'abdomen pendant une demi-heure à une heure.

Les frictions de tout le corps avec une serviette très chaude, essorée après avoir été plongée dans une infusion de gingembre râpé, facilitent la circulation du sang, des fluides organiques et de l'énergie, en même temps qu'elles améliorent le métabolisme en général.

REMARQUES COMPLÉMENTAIRES

L'exercice physique est toujours une bonne chose, mais il ne faut pas s'y livrer jusqu'à l'épuisement. La relaxation mentale, la méditation, la prière, la visualisation, les psalmodies et autres pratiques du même ordre sont elles aussi bénéfiques.

Il est important de vivre dans un air sain et frais et de se garder des atmosphères lourdes et confinées. On peut dans ce but faire pousser des plantes vertes à l'intérieur et ouvrir les fenêtres pour aérer.

On choisira des sous-vêtements, des taies d'oreiller et des draps en coton plutôt qu'en fibres synthétiques. Et on évitera de s'exposer aux radiations électromagnétiques artificielles, notamment en ne restant pas trop longtemps devant la télévision ou un écran d'ordinateur.


D'après l'enseignement de Michio Kushi et Alex Jack
PREVENIR LE CANCER par l'alimentation macrobiotique